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Tout ce qu'on ne s'est jamais dit, Celeste Ng

Couverture de Tout ce qu'on ne s'est jamais dit, Celeste Ng
"Souvenez-vous que les gens à qui vous parlez s'intéressent cent fois plus à eux-mêmes, à leurs désirs et à leurs problèmes qu'à vous et vos problèmes"

"Vous aimiez si fort et espériez tant, et vous finissiez sans rien. Des enfants qui n'avaient plus besoin de vous. Un mari qui ne voulait plus de vous. Rien que vous, seule, et du vide."

Tout ce qu'on ne s'est jamais dit, c'est l'histoire d'une mort, celle de Lydia, 16 ans. Mais c'est aussi et surtout une histoire qui prend ses racines dans l'intégration difficile, voire impossible pour le couple mixte que forment Maryline et James, dans les années 60. Maryline, étudiante en médecine, doit se confronter au sexisme ambiant, et au mépris de sa mère, qui voit d'un mauvais œil les ambitions de sa fille. Elle va commettre l'affront suprême, aux yeux de sa mère et de la société, en épousant son professeur, James Lee, d'origine chinoise. Un couple qui fait mal aux yeux de l'Amérique de l'époque et qui de ce fait sera sans cesse pointé du doigt, une stigmatisation qui va se répercuter sur leurs trois enfants, Nath, Lydia et Hannah.

Serre-moi fort, Claire Favan

Couverture de Serre-moi fort, Claire Favan
"Tout ça est tellement injuste ! Ma sœur a disparu, mais au fond, c'est moi qui suis mort. Me vient une brusque envie de cracher ma haine à la face du monde, de maudire la pitié hypocrite des voisins, de réveiller mon père et ma mère à coups de pied. "

 "Je me demande parfois si mes parents seraient aussi malheureux si c'était moi le disparu..."

"Je ne suis pas comme tous ces tueurs en série inadaptés qui vivent en marge de la société avec une étiquette de frappadingue plantée au milieu du front. Je ne vis pas isolé, j'ai des amis, des voisins qui pensent que je suis un gars serviable. Je suis quelqu'un de tout à fait fréquentable. J'ai des rapports normaux avec les femmes. J'aime leur donner du plaisir. Je n'ai aucune pulsion violente ou de problème d'impuissance quand je suis avec une fille. Oui, tout va bien... "

Me voilà à nouveau avec un policier bien noir et bien glauque comme je les aime, et une auteur que je ne connaissais pas encore, Claire Favan. Avec ce roman, elle s'est hissée dans les premières places de ma listes des auteurs à suivre (liste purement théorique évidemment, car je n'arrive jamais à lire tous les livres qui s'y trouvent). 

Par le vent pleuré, Ron Rash

Couverture de Par le vent pleuré, Ron Rash
Une découverte et un vrai coup de cœur pour ce roman cruel et bouleversant, et surtout pour cet auteur, que je n'avais encore jamais lu et dont la plume m'a accrochée dès les premières pages.

Encore un cas de disparition mystérieuse et de passé sordide qui remonte à la surface sous le poids d'un secret, devenu trop lourd à porter. Décidément, ce thème semble me poursuivre ces jours, pour mon plus grand plaisir ! Et Ron Rash le traite ici d'une manière magnifique, construisant son intrigue autour de deux frères, Bill et Eugène, qui se laissent grandir avec une certaine insouciance dans un petit coin perdu des Appalaches, dans les années 60. Orphelins de père, élevés par une mère effacée et un grand-père paternel tyrannique, ils vivent pourtant une enfance et une adolescente plutôt paisibles, dans cette petite bourgade, où les échos de la guerre du Vietnam ou du Flower Power n'arrivent que par bribes étouffées. Mais cet été 69 va marquer définitivement la fin de leur insouciance, en mettant sur leur chemin l'envoûtante Ligeia, jeune nymphette libérée, un peu hippie, un peu rebelle, qui va faire naître une rivalité destructrice entre les deux garçons, titillant leur hormones en ébullition et attisant leurs différences, avant de disparaître. Lorsque 46 ans plus tard ses ossements remontent littéralement à la surface de la rivière, enveloppés dans une toile de plastique, les deux frères vont devoir déterrer les secrets du passé...

Un oiseau blanc dans le blizzard, Laura Kasischke

Couverture de Un oiseau blanc dans le blizzard, Laura Kasischke
J'ai découvert cette auteur avec "En un monde parfait", qui m'avait déjà beaucoup plu. J'ai eu ensuite un véritable coup de cœur en lisant "Les revenants", puis "Esprit d'hiver". Quel bonheur de se laisser ensorceler par son écriture envoûtante, où le mystère voire le surnaturel vient teinter un quotidien des plus terre à terre. Un style onirique, empreint de poésie, que je me réjouissais de retrouver dans "Un oiseau blanc dans le blizzard".
Mon enthousiasme pour ce roman ne fut malheureusement pas à la hauteur de mes espérances, bizarrement terni par le style de l'auteur, qui m'avait tellement plu dans mes précédentes lectures.

Lorsque Kat, 16 ans, rentre du lycée un après-midi de janvier, sa mère est partie. Pas partie faire des courses, non. Volatilisée, évaporée dans la nature. Et elle ne ré-apparaîtra plus. Tout au long des 4 chapitres (4 années) qui constituent ce roman, l'auteur donne la parole à l'adolescente, qui semble étrangement détachée face à la disparition de sa mère. Au fil des pages, la lumière se fait sur le personnage d'Ève, mère mal-aimée et épouse blasée et déçue, mariée à un homme terne et transparent, qui s'ennuie ferme dans une vie à l'opposé de celle à laquelle elle se pensait destinée.

Summer, Monica Sabolo

Couverture de Summer, Monica Sabolo
C'est le deuxième roman de Monica Sabolo que je lis (après"Crans-Montana", l'année dernière), et encore une fois, je me suis laissée couler dans sa prose avec délice. 
Summer est la jeune fille qui, lors d'un pique-nique avec ses amies et son frère il y a 25 ans, disparaît mystérieusement, sans laisser de trace, sans explication. Est-elle morte ? A-t-elle fui ? Elle semble s'être évaporée dans la nature. Le récit oscille entre le présent, où l'on suit les errances de son frère Benjamin, marqué douloureusement par l'absence de sa sœur, et le passé, qui déroule son chapelet de secrets de famille et de révélation.

Je ne peux pas dire qu'il s'agit d'un livre qui tient en haleine, au suspense insoutenable. Au contraire, l'introspection y tient une grande place. On suit le fil des pensées du narrateur (Benjamin), pour mieux comprendre l'impact de son passé sur sa vie d'adulte. Le poids du passé est un thème qui me touche toujours beaucoup dans mes lectures et l'auteur le traite dans son style éthéré et poétique que j'ai découvert avec "Crans Montana". Le sujet est grave, mais son écriture est légère et délicate comme une bulle d'air. L'ensemble est un mélange très équilibré d'exploration intérieure et de rebondissements, distillés subtilement pour relancer le récit au moment où l'on redoute de s'ennuyer ou de tourner en rond dans la tête du personnage.