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Les loyautés, Delphine de Vigan

"Parfois, il se demande si cela vaut vraiment la peine d’être adulte. Si le jeu en vaut la chandelle, comme dirait sa mamie, qui remplit des colonnes d’arguments « pour » et « contre », séparées par un grand trait tracé à la règle, lorsqu’elle doit prendre une décision importante. Lorsqu’il s’agit de devenir adulte, les deux colonnes sont-elles équivalentes ?"

"Très vite, Théo a appris à jouer le rôle qu'on attendait de lui. Mots délivrés au compte-gouttes, expression neutre, regard baissé. Ne pas donner prise. Des deux côtés de la frontière, le silence s'est imposé comme la meilleure posture, la moins périlleuse."

Quel plaisir, à chaque sortie, de pouvoir me replonger dans un roman de Delphine de Vigan ! Je crois que depuis le temps, je les ai tous lus. Et chaque fois je retrouve cette écriture subtile, la justesse de ses mots lorsqu'elle fouille les tréfonds de l'âme humaine dans toute sa noirceur, mais aussi dans ce qu'elle peut avoir de plus lumineux.

Une vie comme les autres, Hanya Yanagihara

Couverture de Une vie comme les autres, Hanya Yanagihara
"S'il décidait quand même de s'ouvrir à quelqu'un, il savait que ce serait à Willem. Il admirait également ses trois coturnes, mais Willem était celui en qui il avait confiance. Au centre, il avait vite compris qu'il existait trois types de garçons : le premier était tenté de déclencher la bagarre (c'était JB) ; le deuxième ne s'y joignait pas, mais n'allait pas non plus se précipiter pour chercher de l'aide (c'était Malcom) ; et le troisième s'employait à vous tirer d'affaire (le type le plus rare et, à l'évidence, c'était Willem)."

"L'amitié comprenait d'être témoin du lent écoulement des malheurs d'un autre, ainsi que de longues périodes d'ennui, et d'occasionnels triomphes. Elle consistait à se sentir honoré d'être présent pour quelqu'un dans ses moments les plus sombres, et de savoir que l'on pouvait en retour se sentir déprimé en compagnie de cette même personne."

Ouf! Me voilà enfin arrivée à bout de ce pavé qui m'aura occupé plus de 3 semaines ! Trois semaines où j'ai dû m'accrocher souvent, où je me suis lassée parfois... et pourtant, impossible de lâcher ce livre, qui ne cessait de me rappeler à lui. 


Profession du père, Sorj Chalandon

Couverture de Profession du père, Sorj Chalandon
Alerte gros coup de cœur pour ce livre !

Premier livre de l'auteur que je lis, je dois dire que je n'avais jamais pris la peine de me pencher sur son travail, persuadée que ce n'était pas trop mon truc. Je suis récemment tombée sur un article de blog qui m'a fait franchir le pas et encore une fois, je ne regrette pas d'être sortie de mes petites habitudes.

J'ai trouvé dans ce roman une écriture poignante et sincère, qui laisse toute sa place à l'émotion, et qui parvient à nous faire rire et frémir, en nous racontant le calvaire d'Émile, qui a grandi entre un père violent, mythomane et paranoïaque et une mère en plein déni. Ce père tour à tour agent secret, espion, chanteur, prof de judo, que le jeune Émile ne peut s'empêcher d'admirer au-delà de l'effroi qu'il lui inspire.