Dans la forêt, Jean Hegland

Couverture de Dans la forêt, Jean Hegland
Alerte coup de cœur ! Rien d'original, car les avis que j'ai pu lire ici et là sont pour la plupart très positifs. Je n'ai même pas le mérite de la découverte, car je n'avais jamais entendu parler de ce livre avant de tomber par hasard dessus sur e-bibliomedia. Écrit il y a plus de 20 ans et traduit en français seulement en 2017, ce livre fait pourtant dramatiquement écho aux préoccupations de notre époque.

Au début, cela ressemblait à des coupures d'électricité, sans gravité.  Et puis les pannes ont duré plusieurs jours, plusieurs semaines. Et un jour, l'électricité n'est plus revenue. Puis l'essence est venue à manquer et a fini par devenir une denrée rarissime. Les villes ont été désertées. Les magasins pillés. On ne sait pas vraiment ce qui est à l'origine de ce désastre et on ne le saura pas plus qu'Eva et Nell, les héroïnes de ce roman. Isolées dans leur maison en pleine forêt, les deux sœurs assistent de loin à l'effondrement de leur civilisation. 

Par le vent pleuré, Ron Rash

Couverture de Par le vent pleuré, Ron Rash
Une découverte et un vrai coup de cœur pour ce roman cruel et bouleversant, et surtout pour cet auteur, que je n'avais encore jamais lu et dont la plume m'a accrochée dès les premières pages.

Encore un cas de disparition mystérieuse et de passé sordide qui remonte à la surface sous le poids d'un secret, devenu trop lourd à porter. Décidément, ce thème semble me poursuivre ces jours, pour mon plus grand plaisir ! Et Ron Rash le traite ici d'une manière magnifique, construisant son intrigue autour de deux frères, Bill et Eugène, qui se laissent grandir avec une certaine insouciance dans un petit coin perdu des Appalaches, dans les années 60. Orphelins de père, élevés par une mère effacée et un grand-père paternel tyrannique, ils vivent pourtant une enfance et une adolescente plutôt paisibles, dans cette petite bourgade, où les échos de la guerre du Vietnam ou du Flower Power n'arrivent que par bribes étouffées. Mais cet été 69 va marquer définitivement la fin de leur insouciance, en mettant sur leur chemin l'envoûtante Ligeia, jeune nymphette libérée, un peu hippie, un peu rebelle, qui va faire naître une rivalité destructrice entre les deux garçons, titillant leur hormones en ébullition et attisant leurs différences, avant de disparaître. Lorsque 46 ans plus tard ses ossements remontent littéralement à la surface de la rivière, enveloppés dans une toile de plastique, les deux frères vont devoir déterrer les secrets du passé...

Un oiseau blanc dans le blizzard, Laura Kasischke

Couverture de Un oiseau blanc dans le blizzard, Laura Kasischke
J'ai découvert cette auteur avec "En un monde parfait", qui m'avait déjà beaucoup plu. J'ai eu ensuite un véritable coup de cœur en lisant "Les revenants", puis "Esprit d'hiver". Quel bonheur de se laisser ensorceler par son écriture envoûtante, où le mystère voire le surnaturel vient teinter un quotidien des plus terre à terre. Un style onirique, empreint de poésie, que je me réjouissais de retrouver dans "Un oiseau blanc dans le blizzard".
Mon enthousiasme pour ce roman ne fut malheureusement pas à la hauteur de mes espérances, bizarrement terni par le style de l'auteur, qui m'avait tellement plu dans mes précédentes lectures.

Lorsque Kat, 16 ans, rentre du lycée un après-midi de janvier, sa mère est partie. Pas partie faire des courses, non. Volatilisée, évaporée dans la nature. Et elle ne ré-apparaîtra plus. Tout au long des 4 chapitres (4 années) qui constituent ce roman, l'auteur donne la parole à l'adolescente, qui semble étrangement détachée face à la disparition de sa mère. Au fil des pages, la lumière se fait sur le personnage d'Ève, mère mal-aimée et épouse blasée et déçue, mariée à un homme terne et transparent, qui s'ennuie ferme dans une vie à l'opposé de celle à laquelle elle se pensait destinée.

Summer, Monica Sabolo

Couverture de Summer, Monica Sabolo
C'est le deuxième roman de Monica Sabolo que je lis (après"Crans-Montana", l'année dernière), et encore une fois, je me suis laissée couler dans sa prose avec délice. 
Summer est la jeune fille qui, lors d'un pique-nique avec ses amies et son frère il y a 25 ans, disparaît mystérieusement, sans laisser de trace, sans explication. Est-elle morte ? A-t-elle fui ? Elle semble s'être évaporée dans la nature. Le récit oscille entre le présent, où l'on suit les errances de son frère Benjamin, marqué douloureusement par l'absence de sa sœur, et le passé, qui déroule son chapelet de secrets de famille et de révélation.

Je ne peux pas dire qu'il s'agit d'un livre qui tient en haleine, au suspense insoutenable. Au contraire, l'introspection y tient une grande place. On suit le fil des pensées du narrateur (Benjamin), pour mieux comprendre l'impact de son passé sur sa vie d'adulte. Le poids du passé est un thème qui me touche toujours beaucoup dans mes lectures et l'auteur le traite dans son style éthéré et poétique que j'ai découvert avec "Crans Montana". Le sujet est grave, mais son écriture est légère et délicate comme une bulle d'air. L'ensemble est un mélange très équilibré d'exploration intérieure et de rebondissements, distillés subtilement pour relancer le récit au moment où l'on redoute de s'ennuyer ou de tourner en rond dans la tête du personnage. 

Rapport au bêtes, Noëlle Revaz

Couverture de Rapport aux bêtes, Noëlle Revaz
"Rapport aux bêtes" est un huis clos pesant, écrit à la première personne dans le langage bien particulier de Paul, le personnage principal dont on suit le cours des pensées. Paul est un paysan "fruste et violent", comme le dit la quatrième de couverture. Plus à l'aise dans son rapport aux bêtes, que dans son rapport aux humains, il donne à ses vaches toute l'attention et l'empathie qu'il est incapable de procurer à sa femme, réduite à sa fonction reproductrice et à ses enfants, nuée parasite et encombrante, aux contours flous. 
Lorsque Jorge, l'ouvrier portugais engagé pour l'été, arrive à la ferme, Paul semble s'humaniser peu à peu. 

Paul fait partie de ces paysans "à l'ancienne", caricaturaux. Se tuant à la tâche, battant sa femme, refusant de voir le mal qui grandit en elle, il vit dans l'isolement. Paul peut passer une nuit entière au chevet de sa vache qui met bas, mais est incapable de visiter sa femme à l'hôpital. Il connait chacune de ses vaches et veaux par leur prénom, mais ne connait pas celui de ses enfants et semble avoir oublié celui de sa femme, qu'il appelle "Vulve".