Bondrée, Andrée A. Michaud

"Je n'ai rien oublié des forêts de Bondrée, d'un vert à ce point pénétrant qu'il me semble aujourd'hui issu de la seule luminosité du rêve. Et pourtant, rien n'est plus réel que ces forêts où coule encore le sang des renards roux, rien n'est plus vrai que ces eaux douces dans lesquelles je me suis baignée longtemps après la mort de Pierre Landry, dont le passage au cœur des bois continuait de hanter les lieux."

"Elle me fusillait du regard, mais je n'avais pas cherché à esquiver le tir. Je savais que ma mère tirait à blanc, sinon j'aurais été morte depuis longtemps."


Un livre que j'aurai dû et voulu aimer, mais qui me laisse au final une impression un peu mitigée.


A priori, le scénario a tout pour me plaire. Dans les années 60, dans un petit village de vacances à la frontière du Maine et du Canada, le temps s'écoule et s'étire au rythme des baignades et des barbecues. Et puis, les jeunes filles, entre l'enfance et l'adolescence, sont bronzées et un peu aguicheuses, à moitié conscientes seulement du dangers qui les guettent, elle se disputent l'intérêt du bellâtre du camping. Un été comme bien d'autres en somme, jusqu'à ce que l'une d'entre elles est retrouvée morte, affreusement mutilée.

Le début est plutôt prometteur, l'ambiance s'installe lentement mais agréablement. En fermant les yeux, je n'ai aucun mal à sentir la langueur de cet été, l'odeur boisée de la forêt, la fraîcheur de l'eau dans laquelle on plonge avec délice pour apaiser la brûlure du soleil sur la peau, et les soirées à rallonge dans les jardins. J'ai beaucoup aimé l'atmosphère qui se dégage de ces pages : le calme paisible des vacances, l'été qui marque une vie, la fin de l'enfance, le temps qui s'étire... qui s'étire peut-être un peu trop à la lecture de ce roman. On sent bien que l'auteur a envie de prendre son temps, de poser une ambiance, de rester au plus proche du quotidien des personnages, mais cela crée des longueurs qui ne s'accordent pas vraiment avec une intrigue policière, donnant au récit un rythme un peu trop lent à mon goût.

Le style, lui, m'a beaucoup plu. L'auteur maîtrise les mots, nous faisant passer du français à l'anglais avec fluidité. Le texte est également truffé d'expressions québécoises, qui renforcent l'authenticité des personnages, très bien construits. J'ai beaucoup aimé me plonger dans la tête de cette "punaise", pour qui cet été va marquer la fin de l'enfance.

Tout est là... tout est réuni pour me plaire, mais l'alchimie cette fois-ci n'a pas fonctionné. Les motivations des meurtres et le dénouement sont un peu simplistes. Je pensais que l'auteur nous menait à son rythme vers un dénouement plus explosif, peut-être plus noir, plus... "motivé". Mais ce qui m'est venu au terme de ma lecture c'est plutôt "tout ça pour ça". J'aurais aimé que cette ambiance magnifique, ces personnages fouillés, servent une histoire plus travaillée.

Ça aurait pu être un très beau roman d'apprentissage, ça aurait pu être un très bon roman policier. Mais l'auteur semble hésiter entre les deux, et à force d'hésitations, le roman n'est pas vraiment abouti. Au final, ce n'est ni bon ni mauvais, mais le tout reste un peu plat, avec une histoire qui n'est pas à la hauteur de l'écriture fluide et agréable de l'auteur. C'est un livre - j'ai envie de dire malheureusement - tout à fait dispensable. Cela vaudrait peut-être la peine que je me penche sur un autre roman de cette auteur, car je trouve, malgré ma déception, qu'elle a une bien jolie plume. Mais ce sera pour plus tard.

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