mardi 19 septembre 2017

Seules les bêtes, Colin Niel


Encore une belle découverte et un retour au polar avec "Seules les bêtes, de Colin Niel.

Dans la région du Causse, Evelyne Ducat, femme d'un notable de la région, a disparu. Le roman s'articule autour de 5 chapitres, chacun donnant la parole à un personnage différent, qui va tour à tour nous livrer un pan de l'histoire. Au final, c'est nous seul, lecteur, qui aurons toutes les cartes en main pour reconstituer l'intrigue dans son ensemble. 

Seules les bêtes est un polar, mais l'enquête policière y tient finalement un rôle assez secondaire. Au fil des pages, c'est surtout la solitude qui s'impose comme thème central, à la fois cause et conséquence de toute cette affaire. Cinq chapitres, cinq personnages, cinq solitudes, cinq façons de remplir le vide. Dans leur quête quasi obsessionnelle de l'amour, chacun des personnages va commettre l'acte désespéré qui le liera aux autres de façon tragique. 
Certains de ces liens, présentés comme des coïncidences, sont certes un peu "faciles", mais l'ensemble est si bien ficelé que ce petit défaut n'a en rien gâché ni mon plaisir ni ma surprise.

L'aspect "roman choral" est vraiment très bien maîtrisé. Les personnages, peut-être un peu caricaturaux parfois, n'en ont pas moins une réelle profondeur. Chacun prête sa voix à l'un des cinq chapitres, l'imprégnant de sa personnalité, de sa psychologie, et de sa façon de parler. Un mention spéciale au chapitre dédié à Armand, complètement déroutant au premier abord mais qui offre un éclairage original sur l'enquête... et sur le choix de la couverture, question qui m'a taraudée durant une bonne partie du livre!

Même si j'ai eu, dans un premier temps, un peu du mal à me couler dans la lenteur de ce roman rural, [Il faut dire que je venais de terminer La bouleversante confession..., écrit et lu à un rythme effréné...], cela devenait de plus en plus difficile de le lâcher au fur et à mesure que je voyais les différentes pièces du puzzle s'imbriquer pour me livrer la clé du mystère.

Plus qu'un roman policier, Seules les bêtes est une chronique sociale sur l'isolement et le manque d'amour, qui nous livre un point de vue noir et désabusé. Un très belle découverte qui nous emmène sur les hauts plateaux du Causse et bien au-delà. 




mercredi 13 septembre 2017

La très bouleversante confession de l'homme qui a abattu le plus grand fils de pute que la terre ait porté, Emmanuel Adely

Si je n'y avais pas été obligée pour mon cours, je n'aurais jamais lu ce livre. Peut-être que je n'en aurais même jamais entendu parler, et si cela avait été le cas, je n'y aurais pas prêté grande attention. Si pas hasard je l'avais ouvert pour en lire quelques lignes, je l'aurais reposé sans le terminer. Et j'aurais eu tort. Difficile de dire si j'ai aimé ou pas, mais je crois bien que oui. Quoi qu'il en soit, ce livre est une vraie claque! 

Raconté du point de vue du soldat, cette "bouleversante confession" est une immersion au cœur de l'opération "Trident de Neptune", qui s'est terminée par l'exécution d'Oussama Ben Laden, au Pakistan, le 2 mai 2011. Nous suivons le commando de Marines avant, pendant et après l'assaut. 

On aimerait lire ce texte à haute voix, comme on scanderait un poème, à la manière d'un slam. Sans aucune ponctuation, il suit le fil des pensées du soldat telles qu'elles sortent de son esprit, brutes, sans filtre. Les images défilent dans notre tête de manière stroboscopique, comme un clip vidéo. J'ai trouvé le style très déroutant dans un premier temps. Puis très vite je me suis laissée emporter par le rythme effréné de ce texte dérangeant et hypnotisant, qui remet en question la conception du héros moderne : américain bien sûr, Mâle alpha sur-entraîné bourré de testostérone, gavé de pizzas ("...qui est un légume à cause de la sauce tomate") et de jeux vidéo, qui comble comme il peut les heures creuses de l'attente. Les détails les plus triviaux de leur quotidien ne nous sont pas épargnés, et on est baladé entre la banalité surréaliste de leur quotidien, et de brutaux retours à la réalité, lorsqu'il s'agit par exemple d'écrire la lettre à la famille, "au cas où..". 

En lisant ce livre, j'ai repensé à une scène du film de Michael Moore, Fahrenheit 9/11, où de (très) jeunes soldats, à l'air tantôt blasé, tantôt halluciné, nous font part de la musique qui les "dope", la bande-son de leur mission en quelques sorte. Scène surréaliste et glaçante. 13 ans plus tard, les soldats d'Emmanuel Adely leur font échos, accomplissant de manière mécanique leur chorégraphie millimétrée, au rythme des chansons de The Game, ou de Demon Hunter.

L'extrait du film Fahrenheit 9/11, de Michael Moore, 2004 : 


Si vos oreilles ne sont pas trop sensibles, je vous invite à écouter la chanson de Demon Hunter (groupe de metalcore chrétien (si, si) américain), citée dans le livre : 






Je ne l'ai pas regardé en entier, mais voici ce que j'ai trouvé sur youtube un peu par hasard : le texte lu et mis en musique par la compagnie ORTIES. Un peu barré, mais intéressant : 





Extraits : 

"C’est un jeu

la vie—un pari chaque jour est un putain de pari c’est Lil Wayne qui dit ça dans Red Nation

ou tu gagnes ou tu perds

ç’a toujours été comme ça ils disent avec les pieds croisés sur la table et les muscles des cuisses bien tendus dans les bermudas ou tu gagnes ou tu perds

avec des dentelles le sang est rouge pareil quand tu crèves et les meufs elles sucent que les vainqueurs elles attendent le mec celui qui les protège avec son froc aux chevilles là la fille elle se sent protégée t’as beau mettre des beaux mots autour c’est toujours comme ça depuis le début regarde Gemma dans Les Fils de l’Anarchie elle c’est pas qu’une pute même si elle s’est bien donnée c’est une mère et c’est une grand-mère aussi

et ils rigolent les pieds croisés sur la table en disant tu te rends compte putain tu réalises mec on va niquer ce fils de pute

ce putain d’enfoiré [...]"

« […]ce qu’ils font est juste parce qu’on te dit


que c’est juste


et ça c’est vraiment du confort dans la tête de pas avoir à déterminer ce qui est juste et ce qui est pas juste toi tu obéis et ça c’est vraiment du confort et de savoir qu’on réfléchit à ça pour toi c’est les autres qui te permettent de pas réfléchir à ces trucs politiques


simplement faire quelque chose qui te plaît et dont on te dit que c’est juste »

lundi 4 septembre 2017

L'île des oubliés, Victoria Hislop

Couverture de L'île des oubliés, de Victoria Hislop
Cela faisait un petit moment déjà que j'entendais parler de ce livre de Victoria Hislop, et qu'il prenait la poussière (virtuellement, vu que la plupart de mes livres se trouvent dans ma liseuse) dans ma pile (tout aussi virtuelle) de livres à lire. 

Nous voilà partis pour la Crète, dans le petit village de Plaka, avec Alexis, une jeune femme en quête de ses origines. Elle va y lever le voile sur les secrets de famille de sa mère, à travers l'histoire de l'île de Spinalonga, qui servit de ghetto pour les lépreux entre 1904 et 1957. 

De ce sujet a priori intéressant et prometteur, l'auteur tire malheureusement une histoire un peu trop gentillette, où se côtoient des personnages très peu crédibles, embourbés dans leur personnalité manichéenne : la douce et brave Eleni, son mari le courageux Georgi, leurs deux filles, la toujours gentille et travailleuse Maria, la glandeuse et égoïste Anna... Les rebondissements sont prévisibles et parfois même invraisemblables. Le tout est servi dans un style très pauvre, ponctué de tournures de phrases douteuses, et renforcé par une traduction approximative. Je suis restée à plusieurs reprises perplexe face à des mots qui me semblaient tombés là par hasard, complètement hors de propos. 

Le récit est  encombré de détails inutiles et souffre de nombreuses répétitions. Je pense notamment aux interminables descriptions de la vie sur l'île ou du rituel d'accueil d'un nouveau pensionnaire, toujours semblable, mais que l'auteur s'évertue à décrire lourdement à chaque fois. En comparaison, l'évolution du traitement contre la lèpre est traité comme si elle avait envie d'en finir au plus vite avec cette partie. La partie principale du livre, tournée vers le passé, tire en longueur, tandis que la fin, recentrée sur la relation entre Alexis et sa mère Sophia, est expédiée de manière simpliste en à peine trente pages. Au final, le personnage d'Alexis ne présente pas un grand intérêt et quitte à le traiter par dessus la jambe, l'auteur aurait pu s'en passer pour centrer son roman uniquement sur l'histoire de Spinalonga. 

Malgré la gravité et le potentiel émotionnel du sujet, je n'ai pas vraiment été touchée par ce roman. Si l'on fait abstraction du contexte historique, on se retrouve ni plus ni moins face à une histoire à l'eau de rose, où les femmes sont toutes belles et les hommes forts, et où, encore une fois, les gentils gagnent et les méchants sont punis. Dommage que cette histoire d'amour insipide ait pris le dessus sur l'histoire de Spinaloga et ait réellement relégués les lépreux aux rangs des oubliés ! 


lundi 28 août 2017

Les enfants de Venise, Luca di Fulvio

J'ai tenté de repousser au maximum la lecture de ce roman, afin de prolonger encore un peu le plaisir de l'attente. Il faut dire que le précédent livre de Luca di Fulvio m'a tellement enthousiasmée que j'avais peur d'être déçue par celui-ci. Mais la patience n'est pas mon fort. De plus, le livre était sur ma liseuse depuis deux semaines, j'étais dans le bus, je venais de terminer le dernier Virginie Grimaldi, il me restait une demi-heure de trajet... et puis franchement à quoi bon résister après tout ?

Maintenant je me retrouve confrontée à un autre problème... Comment parler d'un livre qu'on a adoré, qui nous a enchanté de la première à la dernière ligne, comment lui rendre justice ? Quand je me retrouve avec une telle pépite entre les mains, je me dis que c'est une réelle chance d'aimer la lecture et de pouvoir amasser autant de trésors dans ma mémoire. Il n'y a qu'une seule chose à retenir de cette chronique : LISEZ-LE.

Je ne sais pas comment se débrouille Luca Di Fulvio pour m'émerveiller autant à chaque fois, en partant d'un univers qui à priori ne m'attire pas plus que ça. On peut parler de magie! 

Cette fois-ci nous sommes transportés en Italie, au 16ème siècle. Malgré une histoire plus convenue que
"Le Gang des rêves", cette revisite de Roméo et Juliette, entre Mercurio, le jeune orphelin roi du travestissement et Giuditta, la juive belle et rebelle, reste un vrai coup de cœur. Les descriptions précises mais jamais ennuyeuses et un sens du détail toujours très juste contribuent à rendre palpable cet univers où évoluent des personnages tous plus attachants les uns que les autres. On se surprend même à éprouver de la sympathie pour les personnages les plus sombres, car chacun d'eux porte en lui cette blessure, cette faille, qui a contribué à le façonner et lui donne sa part d'humanité. C'est avec une réelle nostalgie que j'ai quitté ces enfants des rues à la gouaille rafraîchissante, les laissant désormais vivre leur propre vie loin des pages de ce roman. Loin de mes yeux mais pas loin de mon cœur, car, tout comme Christmas dans "Le Gang des rêves", Mercurio a sans aucun doute volé un bout du mien. Me replonger mentalement dans ce roman pour écrire cette chronique suffit à me donner des frissons! 

La plume de Luca di Fluvio fait des "Enfants de Venise" un roman intense et lumineux, ce qui constitue un véritable coup de maître étant donné le contexte dans lequel il s'inscrit, où la puanteur et la misère sont omniprésentes. La 4ème de couverture parle de "misère radieuse", difficile de trouver une image plus parlante. On plonge dans l'Italie de la Renaissance et de l'Inquisition, on côtoie des prostituées rongées par "le mal français" (la syphilis), on suit Mercurio à travers les dédales sordides des rues vénitiennes, on assiste au retour des soldats blessés après la bataille de Marignan, on pénètre dans des bouges nauséabonds et miséreux, on y côtoie des bandits sans pitié, des hommes et des femmes meurtris et assoiffés de vengeance. On suit les tribulations d'Isacco le faux médecin, et sous les mains habiles de sa fille cachée Giuditta, on assiste à la naissance du prêt-à-porter. L'auteur fait habilement se rencontrer l'Histoire et la fiction, donnant vie à des personnages qui semblent issus de la Comedia del'Arte... qui justement trouve son origine à cette époque. Ma-gique!

Comme dit précédemment, ce roman fait partie d'une trilogie et c'est avec beaucoup d'impatience que j'attends le dernier volume. En attendant, je vous encourage vivement à vous laisser emporter par l'écriture romanesque et pleine de fougue de Luca di Fluvio. 

Un petit extrait :

"Il pouvait survivre dans une fosse d'égout à Rome et dans une cité aussi mystérieuse que Venise, il était capable de monter des arnaques, de se servir d'un couteau, de vider les poches de n'importe qui sans se faire prendre, de mélanger la chaux vive à la terre pour recouvrir les morts ; il s'était battu avec des hommes deux fois plus grands que lui, il avait tué un marchand, tenu tête à Scavamorto et fait la conquête d'un criminel comme Scarabello. Il savait tout de la vie. Mais il ne savait rien de l'amour."

mardi 22 août 2017

Le premier jour du reste de ma vie, Virginie Grimaldi

Après avoir lu les deux derniers livres de Virginie Grimaldi et les avoir beaucoup appréciés, j'ai eu envie de découvrir son premier roman. Premier roman qui a au moins le mérite de nous montrer que l'auteur semble se bonifier avec le temps.

Pour les 40 ans de son mari Rodolphe, Marie lui concocte un cadeau original : elle le quitte. Après 20 ans de vie de couple ennuyeuse au service de son mari goujat et volage, elle veut viiiiivre enfin ! Bye bye l'existence fadasse d'épouse soumise, bobonne dit zut et plaque tout pour recommencer ailleurs, autrement. Seule, pour mieux se retrouver, elle s'embarque pour une croisière autour du monde de 3 mois. Une parenthèse qu'elle espère rafraîchissante, avant de se confronter aux problèmes plus terre à terre qui l'attendront inévitablement à son retour : recherche d'un appartement, d'un travail... Mais évidemment, rien ne se passera comme prévu. 

Un roman indéniablement plus léger et moins abouti que les suivants, qui se classe pour le coup en plein dans la catégorie chick-lit, compilant par la même occasion tous les défauts du genre.
Sans grande originalité, il demeure une agréable bouffée d'air marin si l'on a envie de passer un moment sans prise de tête et sans surprise. 

Marie, Anne et Camille, les trois héroïnes en pleine crise existentielle, sont à mon goût trop nunuches pour être attachantes et les autres protagonistes très caricaturaux et sans finesse. L'amitié, la solidarité et l’entraide, des thèmes qui semblent chers à l'auteur, sont malheureusement traités ici de manière très cliché : tout est bien qui finit bien, et surtout, tout est trop beau pour être crédible. Marie largue tout, prend la "fuite" pendant 3 mois et voilà que les hasards heureux se succèdent. Tous les soucis se règlent comme par enchantement le temps d'une croisière, à grand renfort de chocolats chauds, de chansons de Jean-Jacques Goldman et de tricot. 
Pour parfaire le cliché, ajoutez à cela un dénouement qui laisse penser que le bonheur de la femme, qu'elle ait 30, 40, 60 ou 80 ans, se trouve dans la vie de couple (non mais, franchement...). Un peu lourdingue en 2017 quand même... 

Je ne me suis pas ennuyée, au contraire, je me suis laissée embarquer dans les aventures des 3 amies. Mais les situations trop téléphonées, l'accumulation de clichés, l'abus de bons sentiments et l'inévitable happy end un peu trop "facile" et prévisible ne m'ont pas convaincue et en font un roman très stéréotypé, à tous les niveaux (style, histoire, personnages). Le tout est gentillet et un peu mièvre... 

Ce livre m'a fait le même effet qu'une comédie romantique où, dès les premières minutes du film, on sait comment cela va se terminer. On regarde quand même le film. On passe un bon moment. Et puis, on va se coucher et on n'y pense plus... Un roman aussitôt lu, aussitôt oublié.

A lire si vous avez envie d'un peu de guimauve, de nager avec les dauphins ou de voir deux personnes s'avouer leurs sentiments en s'envoyant des chansons de Jean-Jacques Goldman. Sinon, je vous conseille plutôt les deux autres romans de l'auteur.

mardi 15 août 2017

Régis, James Osmont

Couverture de "Régis", de James Osmont

J'ai découvert ce livre lors d'une de mes visites sur Babelio. Cela va peut-être vous surprendre, mais la couverture m'a immédiatement attirée. Attirée ou hypnotisée, allez savoir. Toujours est-il que je l'ai trouvée... affreusement belle. Elle nous confronte à une figure inquiétante, qui semble suspendue entre deux mondes, plus tout à fait vivante mais pas encore morte. Je peux vous dire sans trop en dévoiler qu'elle est à l'image du contenu, à la fois dérangeant et prégnant. 

Écrit et auto-édité par un infirmier en psychiatrie, ce roman est une plongée dans l'esprit  torturé de Régis, schizophrène de 32 ans, qui a passé la majeure partie de sa vie dans un hôpital psychiatrique. Nous suivons le cheminement paranoïaque de ses réflexions, alimentées par sa vision déformée de la réalité et rythmées par les chansons désabusées qu'il écoute en boucle.

Le récit est entrecoupé de flash-backs, qui lèvent le voile sur le passé de Régis, son enfance malheureuse dans une famille où les claques remplaçaient les marques d'amour, le crime atroce qui a scellé son destin ou encore le lien sordide qui l'unit à l'étrange Prédateur, pensionnaire occasionnel de l'hôpital psychiatrique. On partage également le quotidien du personnel soignant : Sandrine, l'infirmière entièrement dévouée à son métier, l'Étudiante, obsédante et voyeuriste, le Dr D'Arc, plus attaché au protocole qu'au mieux-être de ses patients. Une ronde de personnages désenchantés, qui nous entraînent dans une danse bien macabre. On en vient parfois à se demander, qui, des malades ou des soignants, sont les plus dysfonctionnels. 

C'est un roman brut, qui marque, incontestablement. Régis et les autres protagonistes sont, chacun à leur façon, d'une noirceur désespérante, et ce voyage dans les méandres les plus sombres de l'esprit humain est une réussite.
Cependant, il m'a laissé un goût d'inachevé. J'aurais aimé en savoir plus sur les personnages... Mais je ne vais pas trop m'attarder sur cet aspect, car il s'agit ici du premier tome d'une trilogie. Le deuxième porte le titre de "Sandrine", ce qui laisse penser que l'on en saura enfin plus sur l'infirmière qui apparaît dans ce premier volume. 

La particularité stylistique de ce roman réside dans les multiples références musicales qui ponctuent le récit. En effet, l'auteur a pris le parti d'y insérer de nombreuses paroles de chansons, qui constituent la bande-son du livre. Ces chansons font évidemment écho à l'état d'esprit de Régis (et inversement), contribuant à renforcer l'ambiance anxiogène. Je comprends bien la volonté de l'auteur. Mais malheureusement, ces passages ne m'ont pas parlé : je ne connaissais aucun de ces groupes (hormis Woodkid et Pink Floyd), pour la plupart issus de la scène hardcore. Ce genre musical faisant naître en moi une sensation de malaise presque physique, je n'ai eu aucun mal à imaginer leurs effets sur l'esprit fragile de Régis. Mais je dois avouer qu'ils me faisaient parfois perdre le fil, m'ennuyaient, et qu'à la fin j'ai fini par sauter ces passages, tout en étant consciente de leur importance... 

J'ai été un peu déçue non pas du livre en lui-même, mais de ne pas avoir réussi à rentrer dans l'histoire aussi intensément que je l'aurais voulu. Cela dit, la curiosité de découvrir la suite est bien présente, et les deux volumes suivants sont sur la liste de mes prochaines lectures.

Je ne l'ai pas fait, mais si vous en avez la possibilité, ce serait une bonne idée de vous perdre dans l'univers de Régis en écoutant la bande-son en parallèle. 


lundi 7 août 2017

Au coeur de l'été, Viveca Sten

Couverture de "Au coeur de l'été", de Viveca Sten
Si j'avais su... j'aurais lu les précédents romans de Viveca Sten avant de me lancer dans "Au cœur de l'été". Si vous ne connaissez pas encore cette auteur suédoise, que l'on présente comme la concurrente de Camilla Läckberg, je vous conseille de lire ses précédents romans, avant d'attaquer celui-ci. En effet, il s'agit de la 5e enquête de l'inspecteur Thomas Andreasson. Ce polar peut tout à fait se lire indépendamment des 4 précédents : on comprend aisément les relations qui unissent les différents personnages, mais voilà... je crois que je suis devenue accro et je meurs d'envie de faire plus amples connaissances avec Nora, Jonas, Thomas et les autres. Je trouve toujours un peu frustrant de prendre une série en cours... Je me dis qu'il va falloir que je comble mes lacunes, tout en sachant très bien que je n'aurai probablement pas le temps de le faire si je veux lire tous les autres livres qui m'attendent ! 

Cet opus a pour toile de fond la fête de la St Jean, célébration nordique marquant le début de l'été. Il s'agit également, pour tout adolescent qui se respecte, d'organiser la beuverie du siècle, au cours de laquelle il pourra s'adonner aux joies de l'alcool, du sexe et pourquoi pas de la drogue. Au mieux, il s'en sortira avec une belle tête dans le c.., au pire, il ne s'en sortira pas, à l'image de Victor, ce jeune homme retrouvé mort le lendemain de la fête....

Sans révolutionner le genre et en partant d'un fait divers plutôt banal, Viveca Sten mêle pourtant avec succès vie quotidienne et enquête policière, pour nous livrer ici un véritable "page turner" complètement addictif ! 
J'ai apprécié les chapitres courts, voire très courts, qui rythment agréablement ce polar. On passe d'une situation à l'autre de manière fluide, sans jamais s'ennuyer ni perdre le fil. Chaque personnage nous livre sa version des faits, apportant sa contribution à la construction de l'intrigue. Fausses pistes, témoignages tronqués, retournements de situation, tout est réuni pour nous dérouter habilement jusqu'au dénouement final, que je n'avais pas anticipé. 

L'auteur parvient également à créer une véritable "ambiance" et un univers tout à fait crédible et convaincant. C'est avec ravissement que je me suis laissée immerger dans l'atmosphère à la fois paisible et inquiétante de cette île, captivée par le déroulement de l'intrigue. Je me suis attachée aux personnages, j'ai tremblé avec et pour eux, j'ai partagé leur quotidien et leurs inquiétudes, mes émotions se calquant sur les leurs. Je n'ai portant pas poussé le vice jusqu'à manger la même chose qu'eux, les habitudes culinaires suédoises me laissant plutôt sceptique, pour celles que j'ai découvertes dans ce livre :) . 

Pas de crimes sanglants ni d'effusions de sang dans ce roman, mais plutôt une enquête tout en psychologie et en finesse. Viveca Sten malmène de sa plume percutante la jeunesse dorée et désabusée de Sandhamn, pour mettre en lumière la question qui taraude beaucoup de parents : connaissons-nous vraiment nos enfants? (la réponse est non, évidemment...)