Summer, Monica Sabolo

C'est le deuxième roman de Monica Sabolo que je lis (après"Crans-Montana", l'année dernière), et encore une fois, je me suis laissée couler dans sa prose avec délice. 
Summer est jeune fille qui, lors d'un pique-nique avec ses amies et son frère il y a 25 ans, disparaît mystérieusement, sans laisser de trace, sans explication. Est-elle morte ? A-t-elle fui ? Elle semble s'être évaporée dans la nature. Le récit oscille entre le présent, où l'on suit les errances de son frère Benjamin, marqué douloureusement par l'absence de sa sœur, et le passé, qui déroule son chapelet de secrets de famille et de révélation.

Je ne peux pas dire qu'il s'agit d'un livre qui tient en haleine, au suspense insoutenable. Au contraire, l'introspection y tient une grande place. On suit le fil des pensées du narrateur (Benjamin), pour mieux comprendre l'impact de son passé sur sa vie d'adulte. Le poids du passé est un thème qui me touche toujours beaucoup dans mes lectures et l'auteur le traite dans son style éthéré et poétique que j'ai découvert avec "Crans Montana".Le sujet est grave, mais son écriture est légère et délicate comme une bulle d'air. L'ensemble est un mélange très équilibré d'exploration intérieure et de rebondissements, distillés subtilement pour relancer le récit au moment où l'on redoute de s'ennuyer ou de tourner en rond dans la tête du personnage. 

Rapport au bêtes, Noëlle Revaz

"Rapport aux bêtes" est un huis clos pesant, écrit à la première personne dans le langage bien particulier de Paul, le personnage principal dont on suit le cours des pensées. Paul est un paysan "fruste et violent", comme le dit la quatrième de couverture. Plus à l'aise dans son rapport aux bêtes, que dans son rapport aux humains, il donne à ses vaches toute l'attention et l'empathie qu'il est incapable de procurer à sa femme, réduite à sa fonction reproductrice et à ses enfants, nuée parasite et encombrante, aux contours flous. 
Lorsque Jorge, l'ouvrier portugais engagé pour l'été, arrive à la ferme, Paul semble s'humaniser peu à peu. 

Paul fait partie de ces paysans "à l'ancienne", caricaturaux. Se tuant à la tâche, battant sa femme, refusant de voir le mal qui grandit en elle, il vit dans l'isolement. Paul peut passer une nuit entière au chevet de sa vache qui met bas, mais est incapable de visiter sa femme à l'hôpital. Il connait chacune de ses vaches et veaux par leur prénom, mais ne connait pas celui de ses enfants et semble avoir oublié celui de sa femme, qu'il appelle "Vulve".

Le voyage de Lou, Maria Joan HYLAND

En attendant ma critique de "Rapport aux bêtes", d'Alice Revaz, que je suis en train de terminer, voici la critique d'un livre que j'avais beaucoup aimé à l'époque! 

Vous avez déjà songé à laisser votre vie derrière vous, pour tout recommencer ailleurs?
Lou a 16 ans, est issue d'une famille de Sydney qu'on pourrait qualifier de "difficile" (papa et maman picolent toute la journée devant la télé pendant que ses frères et sœurs se droguent ou s'envoient en l'air avec d'autres délinquants) et rêve de se faire adopter par les Harding, sa famille d'accueil américaine modèle dans laquelle elle atterrit grâce à un programme d'échange.

Lou est un personnage terriblement attachant. Elle est dotée d'une intelligence hors du commun mais n'en reste pas moins une ado qui se cherche, qui peine à trouver sa place: toujours persuadée qu'elle sera mieux ailleurs que là où elle se trouve, jamais vraiment satisfaite...  Son mal-être et son besoin d'être aimée et dans la norme transparaissent tout au long du roman, mais sans pathos, avec humour même. Comme le livre est à la première personne, nous sommes dans sa tête, ce qui nous permet de comprendre son comportement qui, aux yeux de sa famille d'accueil passe pour celui d'une délinquante bien barrée!

Bilan lecture du mois d'octobre

Comme je n'ai malheureusement pas le temps de chroniquer toutes mes lectures, je vous propose une nouvelle rubrique "Bilan mensuel". 
J'y regrouperai  sous un article les livres que j'aurai lus durant le mois, accompagnés de mon avis en quelques lignes. 

Bonne lecture!

Voici donc mes lectures du mois d'octobre : 

Pour les livres chroniqués :  

  • Le Maître des illusions, Donna Tartt, chronique à lire ici
  • Frappe-toi le coeur, Amélie Nothomb, chronique à lire ici
  • Profession du père, Sorj Chalandon, chronique à lire ici
  • Retourner à la mer, Raphaël Harroche, chronique à lire ici
  • Ce que cachait Archie Ferber, Casey B. Dolan, chronique à lire ici

Pour les livres non chroniqués


Délicieuses pourritures, Joyce Carol Oates


J'ai vraiment adoré ce livre, qui se déroule sur un campus féminin, dans l'Amérique des années 1970. Un prof charismatique, devant lequel se pâment un panel d'étudiantes rigoureusement sélectionnées ; une ambiance pesante, à la limite du glauque, emplie d'une tension sexuelle malsaine qui monte crescendo jusqu'au dénouement final, dérangeant. Les personnages mystérieux et énigmatiques se fondent délicieusement dans la noirceur qui émane de ce court roman, hommage à H. D. Lawrence, écrivain de l'Eros, connu notamment pour son roman "L'amant de Lady Chatterlay". Ce n'est sans doute pas le meilleur roman de l'écrivaine, que je connais malheureusement trop peu, mais il offre une belle mise en bouche. 




Ce que cachait Archie Ferber, Casey B. Dolan

Après ma grosse déception avec Raphaël, je me suis attaquée à ce roman policier, que j'ai reçu grâce à l'opération masse critique, de Babelio. Un roman que j'ai eu beaucoup de plaisir à lire, malgré ses petits défauts. 

La psychiatre Felicity Sloane est chargée de réaliser une analyse de la personnalité d'Archie Ferber. Texan fortuné, il est accusé d'avoir tué une jeune femme en Afrique du Sud, mère porteuse illégale du bébé qu'il a "acheté" avec son compagnon Matthew Brink. Le Dr Sloane va devoir exposer ses conclusions devant le tribunal chargé de l'affaire. Affaire qui, très vite, va virer à l'obsession pour la jeune femme, la conduisant à mener sa propre enquête, entre l'Afrique du Sud et l'Amérique profonde, afin de lever le voile sur le passé d'Archie, et surtout de découvrir ce qu'il est advenu de ce bébé, la petite Hannah.